L'immeuble Yacoubian
Marwan Hamed
Fiche technique, 2005
L'immeuble Yacoubian, dans le centre du Caire, a été construit dans les années 20 et n'est plus, aujourd'hui, que le reflet d'une époque passée. Riches et pauvres, musulmans et coptes, citadins et ruraux, tous s'y côtoient mais les pauvres vivent sur le toit quand les riches occupent des appartements luxueux.
L'immeuble Yacoubian propose un tableau de l'Egypte actuelle, avec ses conflits, ses douleurs, sa nostalgie, alternant entre un avenir incertain et un passé obsolète. Présentés sans dramatisation exagérée, les très nombreux thèmes abordés n'en sont pas moins alarmants : situation des femmes, voile islamique, mariages forcés, machisme, avortement, corruption, homosexualité, drogue, pauvreté, fanatisme musulman. Dénoncer sans apitoyer ni paraître prononcer un réquisitoire n'est pas la plus mauvaise des stratégies dans un pays où la censure veille. Par la jeune femme rebelle qui refuse la soumission à des employeurs lubriques, celle voilée qui se soumet à un mari pour lequel elle ne sera qu'une partenaire sexuelle occasionnelle, par l'avortement forcé pour effacer la honte, par le jeune homme intelligent et pauvre qui évoluera vers le fanatisme musulman, Marwan Hamed montre une société égyptienne engagée dans une impasse dont aucune issue n'apparaît. Peut-être le réalisateur a-t-il voulu évoquer trop de thèmes et a-t-il rendu son film trop dense ? Peu importe, le cri est jeté et il s'agit d'abord de conter des parcours qui s'entrecroisent et une histoire que le réalisateur veut aussi, finalement, belle. Ainsi, seul un pacha, résidu de l'ancienne haute bourgeoisie cairote, vieux, dépassé par l'Histoire, peut offrir quelque chose qui ressemble à l'évasion même si la fin du film souffre d'un peu de naïveté et relève du cliché. Mais cela n'est pas inopportun face au fascisme islamique, à la pauvreté et aux combines diverses qu'elle engendre, et au harcèlement permanent enduré par les femmes.
4 novembre 2006
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