La controverse de Valladolid
Jean Daniel Verhaeghe
1992, fiche technique
Les amérindiens ont-ils une âme? C'est à cette question que doit répondre le Légat du Pape, à Valladolid. Une réponse négative les maintiendrait dans leur état de bête de somme exploitée dans les mines d'Amérique Latine et une réponse positive déclencherait leur évangélisation massive. La controverse oppose Bartolomé de Las Casas, un prêtre qui a dénoncé les horreurs perpétrées au nom de JC par les Espagnols dans son fameux Brevissima relación de la destrucción de las Indias (1542), à Gines de Sepulveda qui assure que les populations soumises l'ont été par la grâce de Dieu donnant la meilleure preuve de la supériorité du monde chrétien. Le téléfilm se déroule exclusivement dans une salle d'un couvent et ignore les artifices usuels au bénéfice de dialogues très précis. Le verdict du Légat du Pape est très finement énoncé. En déclarant qu'il est décidé (tel est le terme utilisé, distinct de "reconnu" ou "admis") que les amérindiens ont une âme, le visage de Sepulveda s'obscurcit, signe de la victoire d'une Eglise humaniste. Mais la décision est immédiatement suivie d'une solution au problème économique de la nature humaine des autochtones: un chrétien ne peut être massacré ou exploité sans rémunération. L'envoyé du Pape ouvre alors une perspective qui fera ses preuves: la main d'œuvre gratuite doit être recherchée parmi les noirs d'Afrique. L'assemblée rayonne. Ce très bon téléfilm est, de surcroît, très bien servi par Jean Carmet (le Légat du Pape), Jean Pierre Marielle (Bartolomé de Las Casas) et Jean Louis Trintignant (Gines de Sepulveda). Le scénario est de Jean Claude Carrière et a été édité chez Actes Sud.
21 janvier 2001
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