Forte mobilisation contre l'extrême droite catholique anti-avortement





Animée par sa haine irréductible du contrôle des naissances, l'extrême droite catholique s'est donnée rendez-vous le 13 février 2004 à proximité du local du Mouvement Français pour le Planning Familial situé au 10, rue Vivienne, dans le deuxième arrondissement de Paris. Sur la place de la Bourse, devant les bureaux de l'Agence France Presse, une trentaine d'émules de Xavier Dor ont, pendant deux heures, conspué l'avortement, la contraception et une sexualité qui n'aurait pas la procréation pour unique objectif. Quelques jeunes mais surtout beaucoup de vieux ont prié et chanté à la plus grande gloire de leur dieu imaginaire. L'association SOS Tout Petits organise régulièrement des rassemblements contre la régulation des naissances et assimile l'avortement à un meurtre.

Dans un tract annonçant la prochaine séance de prières anti-avortement (20 mars 2004, 14h30, même endroit), l'association s'inscrit dans la seule ligne qui soit digne d'être qualifiée de catholique : la femme demeurera éternellement la pécheresse ("C'est à Eve que le serpent s'est adressé pour la perdition"), le planning familial tient autant du "meurtre" que de la "révolution" (un concept que l'extrême droite catholique a en horreur, l'individu n'étant pas fondé à se libérer par lui-même mais devant plier sous le joug d'une religion mortifère) et la libération sexuelle n'est que "mensonge, folie suicidaire, violence et cruauté". Entre un Notre Père et un Je vous salue Marie, Xavier Dor intervient face à une assistance autant souffreteuse que réduite et qui manipule obsessionnellement quelques chapelets ou exhibe bien haut des pancartes ("Avorter c'est tuer") à l'adresse des contre-manifestants.

Car les militants de SOS Tout Petits n'était pas seuls devant le Palais Brongniart. On peut même dire que leur nombre ridicule les aurait rendu inaperçus s'ils n'avaient bénéficié d'une importante protection policière. En face, cent cinquante contre-manifestants (Furieuses Fallopes, Les Furi-es, la CNT, qui avait déjà gratifié le fascisme musulman de quelques bons mots le 17 janvier 2004, Scalp Reflexes et Sud étudiants) ont fait honneur à la lutte antifasciste : bien que parqués par la police ("Police, milice des cathos intégristes"), les "Ni dieu, ni maître, ni ordre moral" et "Deux planches, trois clous, voilà la solution" ont aisément couvert les prières et chants des chrétiens. Pendant que les fanatiques prient à genoux ou chantent sous la bannière du cœur vendéen (symbole farouchement antirévolutionnaire), les antifascistes dénoncent la réalité du discours papal ("SIDA, 10000 morts par jour, le pape en veut toujours"), professent une exégèse sympathique ("Oui, Judas était un camarade") et rappellent la collusion historique entre les puissants et les religions ("L'Etat réprime, la religion opprime"). C'est protégés par une police bienveillante que les membres de SOS Tout Petits ont pu prier et vomir le modernisme en toute quiétude avec une arrogance aristocratique. À n'en pas douter, revendiquer l'égalité homme - femme et le libre accès à la contraception ainsi qu'à l'avortement relève de la subversion alors qu'organiser des expéditions punitives dans les hôpitaux pratiquant l'avortement et maintenir la femme au foyer tient de l'humanisme.

Si, en face, le catholicisme moribond s'horrifie que le Planning familial soit le "bras armé de la culture de mort", les antifascistes réclament : "Avortement, contraception, libre, gratuit et accessible". Et quoi de mieux que d'appliquer l'interruption volontaire de grossesse à la figure mythologique qui en voit tant s'agenouiller devant elle : "Si Marie avait connu l'avortement, on n'aurait pas tous ces emmerdements" ! Quant au "Gloire à Satan", il résonne encore dans les oreilles chétives des fanatiques chrétiens.

Au premier rang de la rébellion contre l'extrême droite catholique, enfermées par les CRS, les manifestantes lancent à l'extrême droite quelques cris du cœur que les bonnes âmes BCBG, engoncées dans leur tradition et leur conformisme castrateur, n'osent rêver de ressentir au plus profond de leur intimité : "Jouir plutôt que reproduire", en écho au mot jouir peint sur le trottoir de la rue Vivienne, "Féministes radicales contre l'ordre moral", "Cathos, fachos, machos, Sarko, vous nous cassez le clito" et un joyeux "Contre les intégristes et la religion, orgasmes à répétition". D'un côté une existence soumise à un dieu pervers, de l'autre l'épicurisme et l'hédonisme.

Bien que les exhortations de Dor et sa clique n'aient réuni qu'une triste trentaine de personnes, l'incapacité de l'extrême droite à rassembler massivement contre la régulation des naissances ne doit toutefois pas atténuer la vigilance antifasciste : le récent amendement Garaud, qui prévoyait d'instaurer une existence juridique au fœtus, témoigne de la persistance, à droite, d'éléments réactionnaires contaminés par la conception chrétienne de la famille. La forte mobilisation contre l'extrême droite observée le 13 février est un très grand succès. Les cent cinquante contre-manifestants ont rendu à la lutte antireligieuse toute son essence et sa vitalité. Tant que les religions dureront, le combat athée leur résistera.


Février 2004

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