Le feu sous la soutane
un prêtre au cœur du génocide rwandais
Benjamin Sehene
L'Esprit frappeur, 2005
Benjamin Sehene a choisi le roman pour remémorer le rôle de l'Eglise
catholique pendant le génocide rwandais. Le feu sous la soutane est le feu qui, de l'intérieur, va peu à peu envahir un prêtre jusqu'à en faire un assassin. Un pistolet à la ceinture, une machette dans une main et une liste de victimes dans l'autre, le curé va s'enfoncer dans l'abjection et la honte et se faire le docile exécutant de la sauvagerie des miliciens hutus.
Pourtant, le père Stanislas n'est pas un idéologue de la haine. De père hutu et de mère tutsie, l'ethnicisation du Rwanda lui a longtemps semblé artificielle jusqu'à ce que, rapidement, il choisisse le camp des bourreaux. La guerre et la haine de l'étranger, ici les réfugiés tutsis, lui donneront les justifications nécessaires au crime. Le prêtre sauvera pourtant quelques femmes mais au prix d'un marché sordide : sexe contre protection au presbytère. De chaste, le curé devient alors rapidement polygame.
Le roman est brillant et captivant, tant par le portrait psychologique du curé (qui est lui-même le narrateur) que par le contenu politique soucieux de s'inscrire dans la réalité des évènements : l'essentiel est traité, de l'implication des religieux à la barbarie des belligérants, du soutien de la France au régime du président Habyarimana (au détour d'une phrase) à la complicité des plus hautes sphères de la secte romaine. Le prêtre est finalement exfiltré en France par l'Eglise, dans une petite paroisse de l'Ardèche. Et le roman se clôt comme il a commencé, dans la cellule occupée par le curé.
Des extraits du roman sur le blog de l'auteur.
23 octobre 2005
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