Marianne, 25 avril 2009 |
Lors de son discours d'investiture à Versailles, qui fait de lui le candidat de l'UMP aux élections présidentielles, Nicolas Sarkozy déclare : "Nous sommes les héritiers de deux mille ans de chrétienté et d'un patrimoine de valeurs spirituelles que la morale laïque a incorporé."
Au Mont-Saint-Michel, l'aspirant monarque a devisé sur "ceux qui croient ou ne croient [sic] mais sont heureux de contempler le génie de l'homme inspiré par Dieu" (Libération 16 janvier 2007), il a célébré "la spiritualité et le travail des hommes", entouré de deux religieux de la Fraternité de Jérusalem (Le Monde 19 avril 2007), et s'est attardé sur les "mystères de la foi" (Le Figaro 16 janvier 2007).
Lors d'un rassemblement au Zénith de Paris, Nicolas Sarkozy reprend les propos de Jean Paul II : "N'ayez pas peur" (Le Monde 19 avril 2007).
On frétille au Vatican : le 10 mai, Jean-Louis Tauran s'est réjouit de "la position extraordinairement ouverte" du nouveau président (AFP, 20 juin 2007). L'entretien est paru dans le journal des évêques italiens Avvenire et le cardinal français y rappelle les vœux très pieux de Sarkozy exprimés dans son missel "La République, les religions, l’espérance" (Editions du Cerf, 2004), comme la réforme de la loi de 1905 et un financement facilité des religions par l'Etat et les collectivités publiques.
Opposée à l'IVG, autant qu'à la pilule du lendemain, Christine Boutin a déposé, en janvier 2005, une "Proposition de loi tendant à favoriser l'aide aux femmes enceintes en difficulté", qui consiste en une "prévention de l'IVG" par un financement public de la propagande anti-IVG. Auparavant, elle s'était opposée au PACS en montrant la Bible à l'Assemblée Nationale en 1998 (dans son "explication", elle prétend que ce geste "n'affectait aucunement la laïcité républicaine, bien au contraire"). La députée des Yvelines est "consulteur" auprès du Conseil Pontifical pour la Famille depuis 1995 et, en juillet 2006, elle participe au Congrès théologique et pastoral international de Valence en Espagne sur le thème de la transmission de la foi dans la famille. Elle avait d'ailleurs fondé en 1993 l'Alliance pour les droits de la vie (Le Monde 21 juin 2007), dont l'objectif est identique, la lutte contre l'IVG. Christine Boutin est aussi présentée comme une sympathisante de l'Opus Dei (Opus Dei, les chemins de la gloire, Peter Hertel, Editions Golias, 2002). Concernant l'islam, elle est favorable au port du torchon islamique à l'école et elle a participé amicalement au congrès 2006 de l'UOIF. En novembre 2006, interrogée par Karl Zéro sur Canal +, elle estime que Georges Bush pourrait être à l'origine des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats Unis d'Amérique (vidéo sur Liberation.fr, 5 juillet 2007).
La composition de son cabinet est à l'image de ses convictions catholiques. Elle en a nommé directeur le préfet Jean-Paul Bolufer, opposé à l'avortement et à l'homosexualité (Prochoix 1er juin 2007). Y officie aussi en tant que conseillère technique Christine Dechefdebien, condamnée en 1992 à quatre mois de prison avec sursis et 5000 francs d'amende pour sa participation à un commando anti-IVG dans un hôpital public de Pau (Le Monde, 5 juillet 2007). Enfin, on y trouve un curé, Jean-Marie Petitclerc (polytechnicien et salésien), nommé fin juin 2007 comme chargé de mission pour les relations avec les acteurs locaux (Liberation.fr 5 juillet 2007).
Un grand espoir agite les soutanes vaticanes : l'élection de Sarkozy laisserait entrevoir la possibilité d'inscrire la mention d'une imaginaire identité chrétienne dans la Constitution européenne. C'est le cardinal Tarcisio Bertone, le secrétaire d’Etat du Vatican, qui voit dans son accession au trône un "changement d’orientation" relativement à cette question : "C’est une bonne chose, parce qu’une saine laïcité peut être parfaitement compatible avec la reconnaissance de ses racines, de ses origines chrétiennes et de son identité chrétienne" (AFP, 20 juin 2007).
Non content de multiplier les attentions envers toutes les sectes monothéistes, Nicolas Sarkozy y ajoute la déférence en écrivant au pape Benoît XVI en réponse à ses bons vœux. Au menu de la missive du valet : les chrétiens persécutés dans le monde et la situation des personnes prises en otage par divers groupes armés, aux Philippines comme en Colombie avec Ingrid Betancourt (La Croix, 21 juin 2007).
La ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer et des Collectivités territoriales, a inauguré, le 4 juillet, la nouvelle maison de la Conférence des Evêques de France, au 58, avenue de Breteuil à Paris (voir photo). Dans son discours, prononcé en présence du Nonce apostolique et du Président de la Conférence des Evêques de France, la ministre a commencé par noter que le quartier des ministères, dans lequel se trouve le bâtiment, est aussi "celui de nombreux lieux de foi et de réflexion". Le hasard, bien sûr, a placé les émissaires du Vatican à côté du pouvoir politique. L'intervention de la ministre s'est inscrite dans le partenariat déjà existant avec l'organisation catholique : "Je m'associerai avec plaisir et intérêt aux manifestations et rencontres qui nous permettront ensemble de faire avancer les grandes questions qui nous sont posées." Et, sans rire, Michèle Alliot-Marie évoque une bien curieuse "évolution vers la modernité" de la Conférence des Evêques de France. Enfin, elle sacre l'Eglise comme un guide qui nous sortira de l'incertitude : "Dans un monde qui a vu s'effondrer la plupart des repères idéologiques et moraux, les religions ont plus que jamais vocation à éclairer la société, qu'elle soit civile ou politique. Je remercie l'Eglise catholique de la contribution déterminante qu'elle apporte à ce débat."
Fidèle écho de la voix de son nouveau maître, Michèle Alliot-Marie prend en charge le dossier de la formation des imams. L'objectif, comme toujours, est la constitution d'un islam gallican qui devienne un partenaire de l'Etat : "Aujourd'hui, les contenus existent, les musulmans sont au pied du mur et l'Etat a la volonté de construire et de maîtriser un islam français", indique-t-on à son cabinet (Le Monde, 7 juillet 2007).
Le 14 juillet, la chorale catholique des Petits Chanteurs à la Croix de Bois a chanté, avec le Chœur des armées françaises, la Marseillaise, le Chant des Partisans et l'Hymne à la joie de Beethoven, qui est l'hymne européen (Reuters, 14 juillet 2007).
Dans sa lettre de mission adressée à la ministre des cultes, Nicolas Sarkozy reprend la terminologie abondamment utilisée dans son libre La République, les religions, l'espérance en estimant que les religions seraient porteuses d'une "espérance" : "L'espérance n'est pas une menace pour la République." Nicolas Sarkozy confie aussi à Michèle Alliot-Marie le soin de garantir à l'islam les facilités nécessaires à son développement en France : "Nous voulons que tous les croyants de notre pays puissent pratiquer et transmettre leur religion dans des conditions dignes. Vous veillerez à cet effet à ce que les dispositions déjà en vigueur qui permettent la construction de lieux de culte soient appliquées. Vous nous proposerez des solutions concrètes s'agissant des cimetières confessionnels. Vous accompagnerez des projets de formation d'imams en France."
Suite au décès du cardinal Lustiger le 5 août, Nicolas Sarkozy, François Fillon (Premier ministre), Michèle Alliot-Marie et Christine Albanel (ministre de la Culture) n'ont pas été avares d'éloges à propos de cet ennemi résolu du siècle des Lumières (AFP, 7 août 2007).
En vacances aux USA, Sarkozy est revenu spécialement à Paris afin d'assister, à la cathédrale Notre-Dame, aux obsèques du cardinal Lustiger. Pour lui, l'ancien archevêque de Paris était "une grande figure de la vie spirituelle, morale, intellectuelle et naturellement religieuse de notre pays" (Libération, 7 août 2007). Plusieurs ministres et secrétaires d'Etat ont assisté aux funérailles : François Fillon, Jean-Louis Borloo, Michèle Alliot-Marie, Brice Hortefeux, Luc Chatel, Nathalie Kosciusko-Morizet et André Santini (AFP, 10 août 2007).
Selon Le Canard Enchaîné du 22 août, Nicolas Sarkozy a gratifié de sa colère habituelle Françoise de Panafieu pour ne pas avoir assisté aux funérailles de Lustiger parti vérifier les hallucinations catholiques sur l'au-delà. Alors que le pèlerin Sarkozy a fait un aller-retour spécial depuis sa villa luxueuse aux USA, la candidate à la Mairie de Paris n'est pas venue se prosterner à Notre-Dame en souvenir de l'entêté contre-révolutionnaire.
En pèlerinage à l'ONU fin septembre, Sarkozy a prêché que, tout simplement, la paix dans le monde passe par le respect des religions et des croyances : "Je veux dire au nom de la France, qu’il n’y aura pas de paix dans le monde sans le respect de la diversité, sans le respect des identités nationales, sans le respect - j’ose le mot - des religions et des croyances ; sans le respect des cultures ; l’attachement à sa foi ; à son identité ; à sa langue ; à sa Culture. A une façon de vivre, de penser, de croire."
Dans un discours aux chefs d'entreprises français et algériens, Nicolas Sarkozy a, par un détournement intellectuel dont il est coutumier, assimilé l'islamophobie (qui est simplement le rejet total de l'islam en tant que religion raciste et criminelle comme toutes les religions) au racisme et à l'antisémitisme. Ne pas distinguer le rejet d'une religion, c'est-à-dire une conception frauduleuse du monde basée sur l'imposture de la notion de dieu, du rejet des personnes est une ignominie à laquelle le colporteur Sarkozy s'est abandonné pour signer des contrats :
"En France comme en Algérie, nous devons combattre avec une détermination sans faille toute expression de racisme, toute forme d'islamophobie, toute forme d'antisémitisme. Quand on menace un Arabe, un Musulman ou un Juif en France, on menace la République. Le racisme, l'antisémitisme, l'islamophobie ne s'expliquent pas, ils se combattent."
Contester l'islam, avec la plus grande irrévérence, n'est pas attaquer les musulmans. Incapable d'afficher une pensée claire, Nicolas Sarkozy pratique l'insulte.
Le discours et la vidéo
L'archevêque de Paris André Vingt-Trois a été fait cardinal à Rome fin novembre en présence de Michèle Alliot-Marie, dévouée ministre des Cultes et Sarkozy était de la fête le 13 décembre à Paris.
Marianne, 25 avril 2009 |
"Sur la condition des femmes, sur la liberté d’expression, l’Arabie saoudite elle aussi s’est mise en mouvement", Nicolas Sarkozy à Ryad devant le Conseil consultatif d'Arabie Saoudite, 14 janvier 2008.
Les charlatans reçus à l'Elysée le 17 janvier 2008 (Libération 18 janvier 2008) :
- Claude Baty, président de la Fédération protestante de France,
- Dalil Boubakeur, pseudo chef du Conseil français du culte musulman et recteur de la Mosquée de Paris,
- André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France et archevêque de Paris,
- Joseph Sitruk, grand rabbin de France,
- Mgr Emmanuel, cureton orthodoxe,
- Olivier Reigen Wang-Genh, maître zen des communautés d’Alsace et du sud de l’Allemagne.
D'après son article premier, le Conseil économique et social "examine et suggère les adaptations économiques ou sociales rendues nécessaires notamment par les techniques nouvelles." Les religions seront donc conviées à faire des propositions au Gouvernement dans le domaine économique et social. Le CES siège au Palais d'Iéna à Paris.
Extraits du discours de Nicolas Sarkozy :
"Je maintiens, parce que je le crois profondément, que nos enfants ont aussi le droit de
rencontrer, à un moment de leur formation intellectuelle et humaine, des religieux engagés qui
les ouvrent à la question spirituelle et à la dimension de Dieu."
"Je pense que si nos jeunes peuvent à un
moment de leur vie être initiés à ces questions, c’est mieux que s’ils ne le peuvent pas."
Avec un mensonge éhonté sur son discours du 20 décembre au Palais du Latran : "jamais je n’ai dit que l’instituteur était inférieur au curé, au rabbin ou à l’imam pour transmettre des valeurs".
Le discours et la vidéo
A rapprocher de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le scientologue Tom Cruise en 2004, sachant qu'Emmanuelle Mignon est aussi l'auteure des discours de Saint-Jean-de-Latran, de Riyad et du Conseil représentatif des institutions juives de France (Le Monde 23 février 2008)...
Les quatre ensoutanés appartiennent à l'Institut du Bon Pasteur dont le gourou est Philippe Laguérie, ancien curé de Saint-Nicolas du Chardonnet réintégré par Benoît XVI.
Décédé le 12 mars à l'âge de 110 ans, Lazare Ponticelli a reçu des funérailles nationales le 17 mars aux Invalides à Paris. Exécrant la guerre depuis sa participation à la boucherie mondiale de 14-18, l'ancien légionnaire n'avait accepté le principe d'un hommage national que deux mois auparavant. Durant toute sa vie il a refusé que son exemple devienne un motif de gloriole pour quelques charognards amnésiques et manipulateurs de l'opinion. Lors de la cérémonie, méprisant la neutralité qui incombe au Président d'une république laïque, Nicolas Sarkozy a plusieurs fois fait le signe de la croix (Le Monde 19 mars 2008), cet instrument de torture sur la vénération duquel s'est construit le christianisme.
D'après Paris Match, à l'occasion de la venue de Shimon Perez en France, un repas casher a été servi à l'Elysée, sous le contrôle d'un rabbin (fairelejour.org, 28 mars 2009).
Le 90e anniversaire de l'armistice de la première guerre mondiale a été célébré le 24 avril au cimetière militaire de Notre-Dame-de-Lorette (Pas-de-Calais) par un discours de Jean-Marie Bockel, secrétaire d'Etat à la défense et aux anciens combattants, qui s'exprimait au nom de Nicolas Sarkozy. 148 stèles musulmanes du cimetière avaient été vandalisées le 6 avril et Nicolas Sarkozy a, une fois de plus, assimilé l'islamophobie, c'est-à-dire le rejet total d'une idéologie dangereuse (les textes et l'histoire de l'islam l'ont montré jusqu'au dégoût), avec l'antisémitisme et le racisme, qui sont des atteintes aux personnes : "Les actes commis ici ont un nom : c'est l'islamophobie que nous devons combattre avec la plus grande sévérité, au même titre que nous combattons fermement le racisme et l'antisémitisme." (Le Monde 25 avril 2008). La profanation de tombes est un acte raciste et l'assimiler à une simple contestation d'une religion est une manipulation intellectuelle.
Malek Chebel, qui pratique le détournement de l'islam pour assurer sa médiatisation, et deux curés, Patrick Desbois et Alain Maillard de la Morandais, ont reçu la Légion d'Honneur des mains de Nicolas Sarkozy le 12 juin 2008. Présentés comme des hommes "libres et courageux", Chebel et Desbois ont été adoubés comme chevaliers et Maillard de la Morandais est devenu officier (AFP 12 juin 2008).
Comme l'explique Le Canard Enchaîné le 25/06/2008, Patrick Buisson est un conseiller discret de Nicolas Sarkozy. Patron de la chaîne Histoire (groupe TF1) et catholique traditionaliste, Patrick Buisson est un politologue issu de l'extrême droite. Après Pasqua, De Villiers, Minute et Valeurs Actuelles, il est maintenant aux côtés de Nicolas Sarkozy, qu'il avait pieusement accompagné au Vatican pour son intronisation comme chanoine de Latran.
Dix soldats français sont morts en Afghanistan en août 2008, tués par des Talibans. Le 21 août, lors de la cérémonie aux Invalides à Paris, le chanoine Sarkozy n'a pas manqué de se signer devant les caméras, outrepassant les limites de sa fonction de chef de l'Etat, tenu à la neutralité en ces circonstances. Comme le 17 mars 2008 lors de l'hommage au dernier poilu de 14-18.
Marianne, 25 avril 2009 |
Vendredi 12 septembre : Nicolas Sarkozy, multi-divorcé, et son épouse Carla Bruni, divorcée elle-aussi, ont accueilli Benoît XVI à son arrivée à l'aéroport d'Orly. Un entretien a ensuite eu lieu à l'Élysée, suivi d'une réception dans la salle des fêtes. Au cours de son discours apologétique devant Monsieur Tout-Blanc aux chaussures rouges, Sarkozy évoque à nouveau la "laïcité positive", comme il l'avait fait au Vatican, et s'extasie devant les efforts de Sa Saleté pour "soutenir la compatibilité entre la foi et la raison" ! De plus, en artisan très déterminé de l'intrusion du charlatanisme monothéiste à tous les niveaux de la société, Sarkozy a décidé que les gourous seront présents aux Etats généraux de la bioéthique de 2009 :
"les progrès rapides et importants de la science dans les domaines de la génétique et de la
procréation posent à nos sociétés de délicates questions de bioéthique. Elles engagent notre conception
de l’homme et de la vie, et peuvent conduire à des mutations de société. C’est pourquoi elles ne
peuvent pas rester l’affaire des seuls experts.
La responsabilité du politique est d’organiser le cadre propre à cette réflexion. C’est ce que la France
fera avec les Etats généraux de la bioéthique qui se dérouleront l’an prochain. Naturellement, les
traditions philosophiques et les traditions religieuses seront présentes à ce débat."
Quelques lignes plus bas, il invoque le concept fantaisiste de "dieu" : "Dieu sait que nos sociétés ont besoin de dialogue , de respect, de tolérance , de
calme. "
Le discours de Sarkozy a su retenir tous les mots clés sur lesquels la propagande vaticane mène une campagne active : "la quête de sens", le "relativisme", les "respect des croyances", les "racines chrétiennes", l' "espérance",
Samedi 13 septembre : le Premier ministre François Fillon a assisté à la messe célébrée par le pape sur l'esplanade des Invalides.
Lundi 15 septembre : François Fillon a accueilli Benoît XVI à l'aéroport de Tarbes pour la cérémonie du départ de France.
La rencontre entre le chanoine de Latran et celui qui est encore persuadé d'être la réincarnation d'un gourou antique a eu lieu à Gdansk en Pologne. Le Dalai Lama, nouveau pote de Sarkozy, a posé sur les épaules de celui-ci le kata, l'écharpe blanche tibétaine (lepoint.fr, 7 et 12 décembre 2008).
Suite à des violences commises en France en relation avec le bombardement de Gaza par l'armée israélienne, Nicolas Sarkozy a, comme à son habitude, intentionnellement confondu la critique d'une religion, c'est-à-dire une idéologie totalitaire, avec le racisme envers des individus : "L'antisémitisme et l'islamophobie seront condamnés avec la même sévérité" et "il n'y a pas de place dans la République pour des antisémites ou des islamophobes", a-t-il déclaré à Orléans (Le Parisien, 14 janvier 2009).
Rebelote lors du dîner du CRIF où Sarkozy a répété que "Les antisémites, les islamophobes, les racistes n'ont rien à voir, rien à faire sur le territoire de la République française" (AFP, 2 mars 2009). Assimiler la contestation et le rejet d'une religion (islamo-phobie) à une forme de racisme (caractérisation d'individus) est une manipulation intellectuelle. Mais Nicolas Sarkozy n'est pas connu pour sa grande familiarité avec le monde des idées et des concepts.
Pour Nicolas Sarkozy, la religion ne peut engendrer le mal. La violence, l'oppression, le machisme, l'intolérance, se sont greffés sur elle malgré ses préceptes faits d'amour et d'eau fraîche, d'où l'explication, comme excroissances qui la dénaturent, des concepts d'extrémisme, d'islamisme, de fanatisme, etc. Dans l'imaginaire présidentiel, la mystification remplace l'Histoire et l'analyse critique des textes dits "sacrés" succombe à la contextualisation du propos et à la piraterie du sens par la parabole. C'est ainsi que dans son discours aux parlementaires réunis à Versailles (ce qui revient à installer les pieds de Marianne dans les chaussons de Louis XIV), le Père de la Patrie a affirmé que "le problème de la burka n’est pas un problème religieux". Ignorant à dessein les motivations des fanatiques, il poursuit : "La burka, ce n’est pas un signe religieux". Certes, il admet qu'il s'agit d'"un problème de liberté de la femme, c’est un problème de dignité de la femme", "c’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement", mais la religion est débarrassée de cet encombrant accessoire et les apparences sont sauves. Le chef peut alors continuer à décerner les bons et mauvais points en déclarant que la burka "ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République française. Nous ne pouvons pas accepter dans notre pays des femmes prisonnières derrière un grillage, coupées de toute vie sociale, privées de toute identité. Ce n’est pas l’idée que la République française se fait de la dignité de la femme." Certes, mais, en contrepoint, si la burka est à proscrire, la religion, elle, peut (doit) continuer son œuvre de manipulation de l'individu et d'acoquinement avec l'État quand le premier représentant de ce dernier l'y encourage en lui enlevant toute responsabilité dans le voilement des femmes. Tout charlatan sait la force de l'argument hypocrite qui oppose la croyance prétendument détournée par des escrocs, à celle qui n'aurait pas été privée de sa pureté originelle et dont le charlatan fait commerce. Ce discours ne convainc que ceux et celles prêts à accepter placidement que ce brouillard de la pensée les berce d'un confort anesthésiant.
Après le terrible accident de l'Airbus de la compagnie Yemenia au large des Comores (153 morts), Nicolas Sarkozy s'est rendu à la Mosquée de Paris le 2 juillet 2009 pour un hommage aux victimes, toutes considérées comme musulmanes. La cérémonie, présentée comme inter-religieuse avec la présence de représentants catholique, protestant et juif, a aussi été suivie par plusieurs membres du gouvernement : Brice Hortefeux (Intérieur), Jean-Louis Borloo (Ecologie), Dominique Bussereau (Transports) et Alain Joyandet (Coopération). L'assistance s'est dirigée dans la direction de la Mecque "pour entendre la prière de l'absent lue par l'imam dans laquelle il est notamment dit "Et fais bonne annonce aux endurants qui disent, quand un malheur les atteint : +Certes nous sommes à Allah et c'est à Lui que nous retournerons+" (versets 155 et 156 Sourate 2 du Coran)" (Le Point et AFP, 2 juillet 2009). Tous ceux qui sont si prompts à dénoncer des amalgames souvent imaginaires, sont restés muets sur la classification de tous les passagers comme musulmans, incluant, peut-être, des athées, des agnostiques et des adeptes d'autres religions.
La messe d'enterrement de Philippe Séguin a réuni une cohorte de ministres en l'église Saint-Louis-des-Invalides à Paris, à la suite du petit caporal de l'Élysée qui fut accueilli par l'archevêque de Paris André Vingt-Trois. Tout monarque sait que la bonne entente avec les curetons est une garantie de stabilité pour la classe des dirigeants. Avec la présence des anciens présidents Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac, de Bernard Accoyer (président de l'Assemblée nationale) et Gérard Larcher (président du Sénat), ainsi que des ministres François Fillon, Brice Hortefeux, Xavier Darcos, Fadela Amara, Michèle Alliot-Marie, Jean-Louis Borloo, Roselyne Bachelot, Valérie Pécresse, Christine Lagarde, c'est bien la République qui a sagement écouté le gourou catholique. C'est aussi dans ce temple de la superstition et du fanatisme que Nicolas Sarkozy a prononcé l'éloge funèbre de l'ancien président de la Cour des Comptes qui fut aussi ministre des Affaires sociales et de l'Emploi et président de l'Assemblée nationale.
Au cimetière militaire national Notre-Dame-de-Lorette à Ablain-Saint-Nazaire (Pas-de-Calais), Nicolas Sarkozy a renvoyé dos à dos les guerres de religions et l' "anticléricalisme d'Etat" dans une cérémonie d'hommage aux soldats français musulmans tués lors de la première boucherie mondiale, essentiellement au cours de la bataille d'Artois en 1915 : "Et notre pays, pour avoir connu non seulement les guerres de religions, mais aussi les luttes fratricides d’un anticléricalisme d’Etat, ne peut pas laisser stigmatiser les citoyens français musulmans." Et comme le caporal de l'Elysée n'en est pas à une récupération près (Maurice Thorez et sa main tendue aux croyants au congrés de l'UOIF de 2003, "héritier de Jaurès" pendant la campagne de l'élection présidentielle de 2007, lecture de la lettre de Guy Môquet dans les écoles en 2007), c'est Aragon (La rose et le réséda) qui lui a tenu la plume : "Tous sous le même drapeau, ceux qui croyaient au ciel comme ceux qui n’y croyaient pas."
Tous les prétextes sont bons pour courtiser les mystiques et c'est pour inaugurer le fonds Paul Ricœur que Nicolas Sarkozy s'est rendu à la faculté protestante de Paris. Comme à chacun de ses déplacements en terrain superstitieux, Sarkozy ne s'est pas contenté de propos vagues à la politesse de circonstance mais a assuré complaisamment les pasteurs de son estime jusqu'à parer le protestantisme et les autres sectes de vertus imaginaires (cf son discours sur le site de l'Élysée) :
- "ce n'est pas faire injure au principe de laïcité que de reconnaître dans le protestantisme une pensée de la liberté et de la responsabilité humaines" ;
- les religions "sont dépositaires ensemble d'une partie essentielle de la sagesse humaine" ;
- "le protestantisme fait partie de notre histoire, de notre culture, et oserai-je le dire, il est partie intégrante de notre identité nationale" ;
- "la théologie telle qu'on l'enseigne ici nous préserve du charlatanisme".
Sans oublier de promettre aux protestants ce que les catholiques ont déjà obtenu, c'est-à-dire la reconnaissance par l'État des diplômes délivrés par leurs universités : "C'est vous dire combien je trouve légitime votre demande de voir reconnaître les diplômes délivrés par l'enseignement supérieur protestant et fixer la liste de leurs équivalences comme cela a été fait pour l'enseignement supérieur catholique. Je souhaite qu'un groupe de travail soit rapidement constitué pour faire des propositions en ce sens au Gouvernement."
Des inondations d'une ampleur catastrophique ont causé la mort de vingt-cinq personnes dans le Var le 15 juin 2010. Six jours plus tard, Nicolas Sarkozy a assisté à une messe présentée comme œcuménique à Draguignan et célébrée par l'évêque du diocèse Fréjus-Toulon en hommage aux victimes. Sarkozy était accompagné du ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo, du ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux et du secrétaire d'Etat à la Défense et maire de Toulon, Hubert Falco. Une fois de plus, l'éternelle collusion entre les religions et l'État use des manipulations les plus indécentes pour faire de toutes les victimes des chrétiens pas forcément consentants. Insupportable réquisition des individus, la mode des cérémonies religieuses, toujours frauduleusement présentées comme œcuméniques, est l'ultime exécration, de la part des autorités, de la liberté de penser en dehors d'un cadre religieux. Accaparer l'individu de sa naissance jusqu'à sa mort est la mission totalitaire de toute religion.