La piété féminine comme apprentissage de la soumission dans le catholicisme

Le livre de piété de la jeune fille au pensionnat et dans sa famille





Alors que certains peinent à admettre la nocivité intrinsèque de l'islam dans la situation des femmes qui vivent sous son joug, il n'est pas inutile de rappeler que l'oppression des femmes ne résulte d'aucune spécificité islamique. Le catholicisme, depuis toujours, enseigne leur soumission dès le plus jeune âge en les destinant au cadre étroit du foyer et du service du mari. Pour mieux façonner les consciences et empêcher toute émancipation, l'Eglise catholique a, de tout temps, diffusé dans chaque paroisse, dans chaque foyer, des ouvrages de lobotomisation des masses dans lesquels les jeunes filles sont tenues de suivre des règles sévères sans les questionner. Assujetti à l'adoration de son dieu, le croyant a pour mission de suivre son pasteur tel le soldat son supérieur. Le croyant, de quelque secte qu'il se réclame, doit abandonner son libre arbitre pour attester de la pureté et de l'intensité de sa foi. Le gourou sait mieux ce qui lui convient. Nombreux sont les musulmans qui, aujourd'hui, affichent leur fierté de se soumettre (en arabe, musulman = soumis) au concept fantaisiste de dieu. L'Eglise n'a pas enseigné autre chose ; la littérature d'essence totalitaire dans la sphère de l'intime, diffusée jusqu'à l'indigestion dans les librairies islamiques, n'est qu'une autre version de la littérature catholique qui abreuvait les familles il y a quelques décennies.

Un exemple édifiant de ces directives est Le livre de piété de la jeune fille au pensionnat et dans sa famille, édité par Aubanel Frères à Avignon et dont la diffusion fut considérable. L'exemplaire qui est en la possession de l'auteur de ces lignes fut imprimé probablement dans les années 1922-1924 dans le cadre de sa 680e édition ! "Ouvrage honoré de la bénédiction de Sa Sainteté Pie IX", il exhibe aussi de nombreuses approbations de prélats, accordées de 1862 à 1904. Le livre de piété est donc la voix officielle et autoritaire de l'Eglise dans la préparation des jeunes filles à leur vie future. L'éducation qui y est prônée n'est qu'une interminable liste de renoncements, de résignation, d'acceptation de la fatalité. La femme, comme dans les publications islamiques actuelles, est contrainte à la modestie et à la réserve; de sa retenue dépend la réputation du foyer.

Servante pour l'éternité, la jeune fille n'a d'autre dessein que celui "de remplir, plus tard, les fonctions de maîtresse de maison qui [lui] sont destinées" (page 191). La couture, la lingerie, le raccommodage, le ménage, voilà sa gloire, voilà son honneur. Le travail intellectuel apparaît comme inutile et superflu (page 192) :

La journée au pensionnat est rythmée par l'abrutissement dans la prière. L'accomplissement du rituel de la récitation du chapelet, invoqué à tout prétexte, constitue le plus sûr instrument de direction de l'individu. L'obsession de certains musulmans dans la pratique scrupuleuse, à l'heure précise, des cinq prières quotidiennes obéit au même accaparement total du quotidien par la religion. En page 206, le livre de piété va jusqu'à admettre les vertus soporifiques de l'Ave Maria : "Si vous avez un chapelet entouré autour de votre bras, essayez de le réciter lentement ; l'Ave Maria vous endormira par la monotonie de ses paroles bénies."

La jeune fille pieuse est opposée à la jeune fille mondaine (page 382). La première souffre en silence, endure sa peine, quand la seconde n'en cache rien. La jeune fille pieuse "ne s'informe de rien ; elle ne parle point des nouvelles du monde", la banalité et l'invisibilité la protègent contre le souci de soi, et sa vie s'inscrit, tête baissée, dans un chemin tracé par autrui en une ahurissante démission : "elle renonce à sa propre volonté pour suivre toujours la volonté de Dieu dans celle de ses supérieurs." Lors d'une conférence à Paris en 2003, Hani Ramadan ordonnait avec la même force que le musulman ne saurait, pareillement, suivre son propre choix quand les textes dits sacrés suffisent.

L'existence de la jeune fille catholique est donc celle d'un pion que l'Eglise confine à sa guise dans des tâches subalternes. La contrition éternelle, l'intrusion permanente de la confession, la phobie incessante du péché, l'accaparement de chaque instant par le rituel, l'adoration ou la mortification, sans oublier le calcul labyrinthique des indulgences, sont autant de violences faites au corps et à l'esprit. En 850 pages, le livre de piété des jeunes filles est un harcèlement massif, permanent, l'arme du totalitarisme catholique pour convaincre les femmes de la fatalité de leur condition.


4 juin 2010


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