Le pape contre l'athéisme: les athées sont des "insensés"



Audience générale du 14 avril 1999 donnée au Vatican



Intitulée "Témoigner de Dieu le Père: la réponse chrétienne à l'athéisme", l'audience du 14 avril 1999 a abordé la question de la nature intrinsèque des athées en évitant le douloureux problème théologique qu'est leur existence. Plutôt que de s'interroger sur l'absurdité des raisons auxquelles "Dieu" se seraient abandonné pour provoquer ou admettre l'existence des athées, le vieux pontife s'est évertué à les décrire comme des individus anormaux, insensés, n'ayant rien compris à la nature humaine.

En guise de première cible, la laïcité est naturellement un danger pour l'institution catholique: "Le sécularisme, en particulier, se révèle dangereux en raison de son indifférence à l'égard des questions ultimes et de la foi". Mais on savourera la désillusion de Wojtyla: "L'athéisme «pratique» est ainsi une réalité concrète amère", qui se poursuit par le constat de son étendue: "S'il est vrai qu'il se manifeste surtout dans les civilisations les plus économiquement et techniquement avancées, ses effets s'étendent également aux situations et aux cultures qui commencent actuellement un processus de développement".


Giuseppe Maria Crespi, détail de "L'Immaculée Conception avec les saints Anselme et Martin" (vers 1738, musée du Louvre) : les livres des hérétiques sont consumés en signe de leur fausseté.


Les athées sont qualifiés de "sots" en se référant à la Bible qui affuble aussi leurs actions des épithètes suivants: "Corrompues, abominables leurs actions; non, plus d'honnête homme" (Ps 14, 1). Mais un saut sémantique est opéré qui transforme les athées en idolâtres puisque ceux-ci ne reconnaissent pas "la vraie nature de la réalité créée" pour la "rendre absolue"; on voit mal pourtant en quoi cela relève de l'idolâtrie. Niant l'autonomie de l'homme, de la nature et de la science, JP2 présente l'athéisme comme une idéologie intolérante. A l'argument que la religion ne serait qu'une béquille de la pensée, il oppose avec véhémence que l'Église "refuse avec fermeté l'interprétation de la religiosité comme projection de la psychée humaine ou comme résultat des conditions sociologiques". Pour ensuite peiner à masquer le désespoir qui frappe les mystiques devant les conquêtes du rationalisme: "l'expérience religieuse authentique n'est pas une expression d'infantilisme." Une bonne connaissance des tares dont elle est accusée est une indication encourageante sur l'évolution future de l'Église.

Enfin, sur les causes de l'apparition de l'athéisme, le pape en rend les croyants coupables, seule pitance à sa disposition vu que les athées n'ont que faire de ses imprécations et menaces: "Le Concile a reconnu que, dans la genèse de l'athéisme, les croyants ont pu jouer un rôle, n'ayant pas toujours manifesté de façon adéquate le visage de Dieu". L'audience s'achève sur quelques raisons d'espérer, pour l'Église, que tout ne va pas si mal et que l'athéisme peut être combattu au moyen de son arme principale: le rationalisme! Le pape cède ainsi finalement à la récupération, qui est tant de mode, de tout et son contraire pour sauver une institution en perdition: répondre à l'athéisme "exige également une présentation correcte des motifs d'ordre rationnel qui conduisent à la reconnaissance de Dieu." La "science qui mène à Dieu" n'est qu'une impasse éculée et on ne saurait trop conseiller l'Église de s'y fourvoyer plus avant afin de la vider rapidement de sa substance...

Un dernier mot est adressé à ses "frères et sœurs" où il lâche ce que la fausse courtoisie de sa charge avait jusque-là retenu: "La Bible nous aide à comprendre que ceux qui veulent nier Dieu sont insensés et se laissent attirer par de vaines idoles."



26 décembre 2002

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