Obscurantisme bouddhiste au Népal

Une réincarnation de Bouddha serait en méditation depuis six mois sans manger, boire ou bouger




Bulletin 150 de Rationalist International, 2 décembre 2005, traduction : Marie Meert

Sanal Edamaraku : le garçon en méditation doit tout simplement manger et boire pendant la nuit

Dans une clairière de la jungle profonde au centre du Népal méridional, un garçon est assis immobile, niché dans les énormes racines d'un figuier des pagodes (ficus religiosa). Drapé dans un châle blanc, les yeux clos, assis dans la position caractéristique du méditant bouddhique, Ram Bahadur Bamjon, 15 ans, ressemble exactement à une statue classique de Bouddha. Et effectivement, ses managers tentent de le vendre comme la réincarnation après 2500 ans du Prince Siddartha Gautama, né au village de Lumbini à quelque 250 km plus à l'ouest, en 560 avant J.C.

Ses supporters proclament que le jeune Bouddha, qui médite profondément depuis le 17 mai dernier, n'a rien mangé ni bu une seule goutte d'eau depuis plus de six mois. Depuis le lancement de la campagne de relations publiques, début novembre, des milliers de villageois envahissent chaque jour la clairière dans la jungle, offrant prières et dons. D'après le témoignage d'un représentant officiel du gouvernement, les promoteurs ont déjà déposé plusieurs centaines de milliers de roupies à la banque du village voisin, Ratanapuri.

" C'est un cas typique de fraude ", déclare Sanal Edamaraku, président de l'Association Rationaliste Indienne (IRA) lors d'une interview pour la chaîne de télévision indienne Aajtak, diffusée dans tout le sous-continent. " Le garçon en méditation doit tout simplement manger et boire pendant la nuit. L'affirmation selon laquelle il jeûnerait depuis six mois ne peut être prise au sérieux, sauf si un test sanguin confirmait qu'il n a pas de glucose dans le sang ". La semaine dernière, trois médecins de Katmandou se sont rendus sur place à la demande de l'IRA et ont poliment demandé aux gardiens de l'enfant l'autorisation de lui faire une prise de sang. On leur a formellement interdit d'approcher le garçon. Les gardiens les ont menacés des pires conséquences s'ils ne vidaient pas les lieux immédiatement. Le périmètre de méditation est protégé par un cordon sanitaire et en dehors des supporters de Bamjon, personne n'est autorisé à approcher de l'arbre sacré à moins de 50 mètres. Les promoteurs affirment que la méditation du garçon est sacrée et qu'il ne faut à aucun prix le déranger. Jusqu'à présent, aucune personne étrangère à l'affaire n'a eu l'occasion de parler au jeune garçon. Même les officiers de police qui ont tenté d'interroger les différents acteurs de cette étrange mise en scène pour avoir le fin mot de l'affaire ont dû quitter les lieux sans réussir à atteindre leur but.

Ayant observé le garçon à l'aide de jumelles, les médecins rationalistes lui ont trouvé une respiration régulière et saine. Il apparaissait moins immobile que vu de loin, sa pomme d'Adam montait et descendait fréquemment et ses yeux s'ouvraient légèrement pendant une seconde. Comparant son visage à une photo qui aurait été prise au début de son jeûne, ils l'ont trouvé arrondi et plein plutôt qu'amaigri. Ils n'ont pu voir le garçon s'alimenter ou boire pendant la journée. Mais chaque soir on étend sur l'arbre des couvertures qui masquent Bamjon niché entre les racines, si bien que personne ne peut voir ce qui s'y passe entre le crépuscule et l'aurore.

Entre-temps la clairière dans la jungle est devenue un lieu de pèlerinage bariolé de bannières rouges proclamant la réincarnation de Bouddha, avec échoppes fournissant nourriture et boisson au flux ininterrompu de visiteurs. Le lieu de méditation est totalement enfumé par l'encens des bâtonnets et décoré de tissus colorés, de fleurs et de guirlandes. Parmi les visiteurs, essentiellement des villageois et des groupes de moines bouddhistes, on compte quelques rationalistes. En parlant avec les gens, ils ont réussi à éveiller quelques doutes quant au prétendu jeûne de Bamjon. Quelques moines bouddhistes sont d'accord avec eux : ils confirment que Bouddha lui-même conseillait de ne pas jeûner au cours de la méditation, mais de manger bien.

Sous la pression du scepticisme croissant, l'administration locale du district de Bara a consenti à ouvrir une enquête scientifique sur l'affaire. Elle aurait prié l'Académie Royale des Science et Technologies d'envoyer une équipe de médecins, laquelle est attendue pour bientôt. Selon les rumeurs, elle cherche toujours à trouver le moyen de mener l'enquête sans déranger la sainte méditation et sans toucher le jeune Bouddha.

" Ceci est extrêmement suspect " déclare Sanal Edamaraku. " Il nous faut envisager la possibilité que ceux qui viendraient " étudier " le cas feraient partie du complot. Ils pourraient ne pas être de vrais médecins, ou être des médecins corrompus, visant à donner une " bénédiction " scientifique à la fraude. Nous aimerions que nos médecins conduisent l'enquête ou qu'au moins ils fassent partie de l'équipe ".

Jusqu'à présent, aucun scientifique de l'Académie Royale n'est arrivé sur les lieux. Les médecins rationalistes qui ont contacté les autorités du district pour obtenir protection et assistance afin de mener une enquête médicale sur Bamjon, n'ont encore reçu aucune réponse officielle.



Une photo de l'arnaque sur le site de Rationalist International.


6 décembre 2005


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