Le narcisse noir
Michael Powell
Fiche technique, 1947
En Inde, quelques religieuses entreprennent d'installer un couvent dans les hauteurs reculées de l'Himalaya. Apporter la foi chrétienne à des villageois qui n'en ont que faire est une épreuve qui convient très bien à quiconque conçoit son entrée dans les ordres comme la négation de recherche du bonheur. Les villageois ne se rendront au dispensaire mis en place par les religieuses, et leurs enfants n'assisteront aux cours qu'elles dispensent, que parce qu'un général local les paie pour cela. La foi catholique est donc loin d'éblouir par sa propre aura... Dans cette colonie anglaise, une européen mène cependant une vie insouciante. L'homme accueille les religieuses avec dédain et ne marque aucune considération pour leur bigoterie et leur vie de sacrifice. Blasphémateur, il se plait à simuler la chute d'une statue de Marie lors de son installation, ironise sur le puritanisme des sœurs, et se rend à la messe de Noël complètement ivre.
L'échec de l'entreprise est flagrant. Les villageois reportent la cause du décès d'un bébé sur les nonnes par leur incapacité à le guérir; une religieuse, honteuse de prendre plaisir à la vie dans le couvent, souhaite changer d'affectation; un autre, éprise de l'anglais, ne renouvelle pas ses vœux; enfin, la jeune supérieure est sujette à des tourments sentimentaux en souvenir d'un mariage autrefois annulé et qui l'avait précipité dans la religion. L'échec est donc total. Les rapports de séduction silencieuse entre le colon anglais et la supérieure ont cependant rendu celle-ci "plus humaine". La fermeture finale du couvent est l'impasse d'un catholicisme conquérant qui réprime le bonheur individuel de ses propres missionnaires, et fait, dans l'Himalaya, le constat de son impuissance.
27 novembre 2007