Impudeur, infériorité et stupidité des femmes
à Saint-Nicolas-du-Chardonnet




La visite de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris est toujours distrayante et ne déçoit jamais le visiteur mécréant venu s'y complaire dans le péché. Il y trouve une énergie blasphématoire que d'autres églises passant pour modernes (c'est-à-dire d'une fade sobriété) ne fournissent pas toujours. Exempt de l'hypocrisie habituelle qui maquille la religion en une entreprise humaniste et moderne, les disciples de Mgr Lefebvre ne cachent pas la réalité de leur pratique présentée comme "traditionaliste" de la secte chrétienne. Dans la librairie sise à l'intérieur de l'église, les écrits de l'évêque schismatique cotoient l'inscription de l'esprit de la croisade dans la mission du catholicisme ainsi que les charges exaspérées, autant que désespérées, contre la laïcité et l'athéisme, et il ne faut pas chercher bien longtemps pour trouver quelques écrits du Maréchal Pétain.

Hidjab chrétien pour toutes

Tout cela ne surprend guère et un autre joyau s'offre généreusement au visiteur curieux : une littérature d'une misogynie absolue qui rendrait jaloux jusqu'aux plus machos des fanatiques du Coran. Dès l'entrée, la pudeur est requise pour pénétrer dans l'église : "Pour l'assistance aux offices, Dames et Demoiselles sont invitées à avoir la tête couverte." Inutile d'accuser les nostalgiques de Pie X d'avoir déformé le message chrétien puisqu'ils en expriment précisément les fondements (Première Épître aux Corinthiens, 11, 4-16).


Panneau placé à l'entrée de l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet :
"Pour l'assistance aux offices, Dames et Demoiselles sont invitées à avoir la tête couverte."




"Dieu premier servi"
Chapelle Jeanne d'Arc
Impudeur

La pudeur catholique ne se résume pas à la dissimulation de la chevelure et l'abbé Christophe Beaublat fournit un petit manuel de savoir vivre si poussiéreux qu'on le croirait écrit par une ligue de bonne vertu du XIXe siècle. Mais soyons justes : rendons grâce au curé d'avoir transcrit, sans censure, ce que ses neurones fatigués ont produit sur la moitié de l'humanité. Son petit texte de six pages, daté du 11 juin 2009 et disponible gratuitement aux côtés de divers prospectus de propagande, s'intitule chastement La charité dans le vêtement. L'émissaire du Vatican rappelle d'abord que "la grande majorité des enseignements sur la pudeur concernent les femmes, non pas que les hommes n'aient rien à entendre sur la modestie vestimentaire, nous en dirons un mot plus loin, mais parce que les femmes peuvent facilement exciter la concupiscence des hommes et être cause de scandale." Comme le curé est un homme d'expérience, il livre ensuite quelques conseils et observations dont on devine qu'ils ne sont pas les produits de son imagination : "Attention aux décolletés, tout le temps, mais encore plus lorsqu'on se présente à la Sainte Table !", "On se réjouit à l'avance des grands rassemblements de la Tradition (comme les cérémonies de mariage), et on constate, pratiquement à chaque fois, la présence de vêtements impudiques. Plus le chapeau est large... et plus la robe est courte !" L'impudeur féminine sévit en tout lieu en direction des cibles faciles que constituent les ministres du culte : "Ce sont aussi les prêtres et les évêques, que les femmes non voilées, par leur impudeur, risquent d'inciter au désir impur." La prose musulmane à bas prix de la rue Jean-Pierre-Timbaud ou de Barbès ne dit pas autre chose. Bien sûr, le pantalon est proscrit, comme l'a décidé le Deutéronome (22, 5).

Infériorité

La prose délirante de l'abbé ne se limite pas une querelle vestimentaire et révèle des fondations plus profondes. Son propos exprime en fait la soumission fondamentale de la femme à l'homme en la rebaptisant "modestie" (ce procédé est aussi observé la phraséologie islamique) : "Nous aussi voulons que la femme soit reine : elle le deviendra par l'humble sujétion qui est la loi de son sexe, par la modestie, par la retenue, par la pudeur."

Stupidité

A ce stade de la lecture, le pire est encore à venir. Après une annexe sur les "exceptions en faveur du port du pantalon" pour les femmes, la misogynie atteint le sommet de ce que la connerie humaine (tout usage d'un terme poli serait insuffisant) peut produire. L'auteur relève dans l'ouvrage d'un confrère ("Les 7 péchés capitaux" du Père Pascal Ide, Mame - Edifa 2002) que les femmes deviendraient stupides lorsqu'elles se déshabillent. La citation complète : "Quand elles se dévêtissent, elles ne pensent plus qu'à leur apparence. Plus encore, cette image est majoritairement négative. Or les sentiments négatifs inhibent l'intelligence."

Mais tout ceci n'est probablement pas suffisant pour que Bertrand Delanoë, Maire de Paris, trouve enfin le numéro de téléphone de la Préfecture de Police pour virer ces nostalgiques de l'Algérie Française de l'église qu'ils ont réquisitionnée en 1977.


31 mars 2010


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