À Paris, le fondamentalisme musulman défile contre la laïcité





Elles étaient trois mille avec les barbus qui les escortaient ce dimanche 21 décembre 2003, à Paris, de la place de la République à la Bastille, un nombre qui, néanmoins, ne suffit pas pour espérer parler au nom des millions de citoyens français originaires de pays musulmans, ni au nom de ceux effectivement musulmans, bien moins nombreux, ni même au nom des femmes voilées, une population encore beaucoup plus faible. Au nom de la liberté religieuse, les militantes de l'islam politique réclament, sans s'embarrasser de détails, le droit de faire ce que bon leur semble et de s'ensevelir dans le voile islamique, gage, selon elles, de leur émancipation. Etrange renversement des valeurs où la laïcité devient une "oppression", où la commission Stasi est détournée en un encouragement à l'"apoSTASIe", et où les pires ignominies ont pu être entendues comme "Aujourd'hui c'est la discrimination contre les musulmanes, demain ce sera la discrimination contre toutes les femmes". Et comble de la récupération, les fanatiques se drapaient dans l'étendard tricolore au son de la Marseillaise.

Dans une manifestation où les femmes étaient quasiment toutes voilées (quelques unes ne laissaient voir que leurs yeux), c'est la culture égocentrique du "c'est mon choix" qui est apparue comme le leitmotiv du mouvement. On y chercherait en vain une réflexion sur la nécessaire coexistence d'opinions diverses dans une société plurielle dans le sens où la liberté de chacun s'arrête où commence celle d'autrui. Le compromis n'est pas dans l'inculture du "c'est mon choix", seul compte l'ego, triste miroir de l'incapacité de chacune à penser sa citoyenneté comme une interaction avec ses semblables contraire au communautarisme. Il est plus aisé de présenter les contraintes de la vie en société comme l'application d'une oppression raciste en distillant moult mensonges sur l'essence de la laïcité. Au nombre de ceux-ci, un dessin ahurissant montrant un croissant jaune, allusion à l'étoile juive, commenté par le pronostic infamant autant que barbare : "À quand notre déportation ?".

Beaucoup d'adolescentes étaient là pour une promenade dominicale où on arbore coquettement son voile comme on exhibe une nouvelle parure. Des hidjabs montrent des dentelles délicates et les yeux sont maquillés. Quid, alors, de la pudeur de la femme musulmane ? Plusieurs fillettes de un à dix ans étaient aussi enfermées dans des voiles roses ou blanc.

Beaucoup d'hommes aussi, calmes, des consignes ont visiblement été passées, très bien organisés, le service d'ordre étant constitué majoritairement de barbus. De nombreuses djellabas parsèment le cortège de relents obscurantistes. Si aucun sigle ou nom d'association n'est visible, les organisateurs n'ont cependant pas hésité à recourir à des véhicules d'Air France pour la logistique (banderoles, pancartes). Il est inadmissible qu'une entreprise publique mette ses moyens de transport au service du fondamentalisme religieux. L'immatriculation d'un des véhicules en constitue une preuve irréfutable : 355 DLR 95, une voiture du Comité d'établissement Air France maintenance ! Quelles sont les explications de la direction d'Air France ?

Pendant que les femmes voilées s'égosillaient ("Avec ou sans loi, le foulard on ne le lâchera pas", "Chirac, Stasi, vous n'avez rien compris"), les fils spirituels des Talibans regardaient en direction de La Mecque : une vingtaine de fanatiques livrent un spectacle surnaturel en organisant la prière de l'Asr dans le petit square de la place Pasdeloup, près du Cirque d'Hiver (voir photo). Aux ordres d'un apprenti imam à l'ébauche de barbe pieusement négligée, les jeunes barbus procèdent aux ablutions rituelles et déploient le tapis qui recevra une prière, devenue boueuse par la pluie. On se pince pour y croire. Ailleurs, un autre croyant fait face à un mur nu, hagard, en attente d'une communication avec l'au-delà, les paumes vers le ciel.

Le produit présentable d'un islam français et républicain, tant vanté par les bigotes, ne résiste pourtant pas à l'examen lucide des participants à la manifestation : la phobie du corps féminin, l'attachement d'une grande majorité d'hommes au port de la barbe, les nombreuses djellabas, les agitateurs venus pour en découdre (sans concrétiser leurs projets) et les apprentis djihadistes abîmés sur leur tapis à prière autorisent les plus grandes inquiétudes et recommandent l'application la plus consciencieuse des principes de séparation des cultes et de l'Etat.


24 décembre 2003

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