Les violences catholiques à Lima
XVIème et XVIIème siècles





Lors du premier Concile de Lima tenu en 1551, l'Église catholique définit un ensemble d'interdits relativement aux cultes célébrés par les autochtones. Toutefois, les curés pratiquaient déjà la destruction des sanctuaires et des idoles, et les remplaçaient par des croix chrétiennes, avant que survienne cette décision théologico-juridique qui n'a fait que légaliser ce vandalisme.

En 1569, Toledo est nommé vice-roi du Pérou et, avec son gouvernement, "c'est une théocratie coloniale qui s'installe, totalitaire, brutale, attachée à liquider les vestiges d'une théocratie indigène, et à arracher les racines, toujours profondes, de la religion populaire" (Religions et répression dans les Andes aux XVIe et XVIIe siècles, Pierre Duviols). Une visite générale du pays est effectuée pour extirper l'idolâtrie, et la peine de mort pour les sorciers relaps et les prédicateurs est décrétée.

Parmi les méthodes utilisées pour l'acculturation des populations locales, Toledo organise des déplacements de population afin de regrouper les autochtones dans des reduccionnes. Il s'agit à la fois de leur interdire plus efficacement la pratique de leurs cultes, par une meilleure surveillance, et de leur dispenser la propagande chrétienne plus facilement que s'ils étaient dispersés dans un territoire plus vaste. Ces villages créés artificiellement par le pouvoir espagnol, avec la destruction des anciens, permettaient de rompre le lien qui unissait les autochtones à leur terre et empêcher ainsi le culte des ancêtres qui y était physiquement lié.

Toujours avide de nouvelles méthodes d'évangélisation, l'Église met en place, à partir de 1610, une "inquisition volante : la visite des idolâtries". Il s'agit, pour une équipe de religieux, d'aller dans les villages et d'y identifier les individus non encore soumis au catholicisme, d'imposer des sermons à l'ensemble de la population et de détruire les objets du culte (autodafé). Des procès sont organisés, avec abjuration publique, coupe des cheveux et coups de fouet. Le bannissement du village et l'incarcération peuvent aussi être prononcés. La terreur inspirée par cette répression est si grande qu'elle a acculé des autochtones au suicide.

Source : Religions et répression dans les Andes aux XVIe et XVIIe siècles, Pierre Duviols, in L'ethnocide à travers les Amériques, 1972



4 juillet 2014

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