Vincent Geisser et l'islamophobie





Vincent Geisser a réservé une belle surprise à la cinquantaine de personnes venues l'écouter le 19 octobre à Nanterre : dès le début de sa conférence, le sociologue marseillais a nuancé l'usage du terme "islamophobie" pour lui préférer celui de "peur de l'islam". Bigre ! Le titre de son ouvrage "La nouvelle islamophobie", qui a assuré sa popularité chez certains musulmans, aurait-il été mal choisi ? Une conférence qui commence par une reculade est un accroc assurément peu commun. Mais Geisser s'est ressaisi immédiatement pour amalgamer dans une même fange le manichéisme belliqueux de Georges Bush et les athées, laïques et républicains français coupables d'une "obsession homogénéisante". Fort heureusement, quelques journalistes savent raison garder et l'orateur exprime son "respect" pour certains rubricards du Monde ; on pense immédiatement à Xavier Ternisien.

Le thèse de Geisser consiste à interpréter le rejet de l'islam comme une résurgence d'un vieux fond de racisme anti arabe. Les athées et les laïques auraient toujours été racistes mais se seraient abstenus de l'exprimer ouvertement, du fait de leur adhésion aux idées de gauche, jusqu'à ce que l'islam leur ouvre les portes de l'islamophobie. La défense de la laïcité serait devenu le paravent acceptable d'un racisme éternel. Dans un exercice d'acrobatie remarquable, Geisser n'hésite pas aussi à employer l'expression de "musulmans facilitateurs d'islamophobie" : quiconque se réclame de l'islam et dénonce le fascisme vert est, selon lui, un "facilitateur d'islamophobie". Etrange conception qui voudrait imposer le silence aux croyants mettant en garde contre les agissements des fanatiques. Naturellement, Fadela Amara et Ni putes ni soumises sont exécrées pour leur préférer Fatiha Ajbli, la voilée de l'UOIF qui souhaitait être échangée contre les otages en Irak... Nul doute que l'argument a fait mouche auprès de la dizaine de femmes voilées présentes.

En illustration de l'islamophobie ambiante, Geisser s'insurge de la tribune "Je hais l'islam, entre autres..." de Patrick Declerck parue dans Le Monde le 12 août 2004, signale sans plus de précision l'annulation d'un débat auquel il devait participer (allusion probable à la soirée du 29 avril 2004 à Clichy sous Bois avec Saida Kada), cite l'obscur autant que microscopique Comité contre l'islamophobie en France et, contre toute évidence, nie les problèmes rencontrés par les enseignants dans l'organisation des cours (sport, biologie, etc.).

Enfin, à la question d'une dame qui se présente comme anticolonialiste et qui l'interroge sur le rejet du voile par ses amies algériennes, Geisser oppose l'exemple de tunisiennes qui, au contraire, vivent leur féminité dans le port du hidjab. Quant aux prêches entendus dans certaines mosquées françaises, cela n'aurait rien de commun avec les appels du FIS ou du GIA. Une surdité étonnante que le conférencier s'empresse de confirmer : les partis islamistes actifs au Maghreb et en Turquie seraient en fait des modérés...


Octobre 2004


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