Quand Noël annonce la circoncision




"Il est né le divin enfant", tout le monde connaît la chanson. Ce qui est moins connu est qu'après être né, le divin gamin a été promptement raccourci. Promptement et pas forcément proprement avec les conditions d'hygiène sous Hérode. Car, dans la mythologie chrétienne, Jésus a été circoncis.

L'évènement, ou plutôt sa légende, a souvent inspiré les peintres qui ont toujours réussi la prouesse de présenter l'acte comme un bienfait spirituel. Ainsi, à Paris, dans l'église Saint Nicolas des Champs, l'opération de la circoncision dispose d'une représentation de grande dimension dans un tableau de Finsonius (vers 1615). Un prélat y officie entouré par une foule captivée par le "sacré" de l'épreuve. Seul un personnage ne participe pas de ce recueillement général qui relève plutôt d'une adoration hypnotique : la victime, un enfant mâle, s'épuise en grimaces et cris stériles qui n'atteignent ni n'émeuvent aucun des adeptes de la paisible confrérie. Dans la même église, un tableau de Giambattista Trotti, peint vers 1595, présente la même opération. La scène est exhibée avec la même candeur en l'église Saint Louis en l'Île et c'est l'école flamande de la fin du 16e siècle qui s'y colle. Et le musée du Louvre, riche en peintures religieuses, possède plusieurs œuvres du même acabit où l'enfant, simple pion, est étouffé par une assistance aussi nombreuse que réjouie.


Giulio Pippi dit Giulio Romano, La Circoncision (1ère moitié du XVIe siècle, musée du Louvre).
La circoncision n'accompagne pas seulement Noël sous le pinceau de certains artistes, elle le suit aussi dans les calendriers. Pendant longtemps, le premier jour de l'année était indiqué comme jour de la Circoncision dans les almanachs. Ce n'est que sous le pontificat de Paul VI que le 1er janvier a cessé d'être fêté comme le jour de la circoncision de Jésus. La mention a donc disparu dans les calendriers au profit de l'inscription "Jour de l'an".

La circoncision n'a pas, certes, le caractère invalidant de l'excision mais elle demeure néanmoins une mutilation sexuelle. Le principe de la purification par l'imposition d'une souffrance physique est consubstantiel aux monothéismes. Il s'agit, pour eux, d'affirmer qu'aucune composante de l'individu n'échappe à leur juridiction.


16 janvier 2007


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