Jean Baubérot et ses amis de l'UOIF :
pour un front uni des religions




La défaite a souvent un goût amer. En s'opposant au principe d'une loi contre les signes religieux à l'école, Jean Baubérot a subi un profond revers puisqu'il a été le seul au sein de la Commission Stasi à adopter avec entêtement la ligne cléricale pro-voile. Las, il ne put contre cela que répandre son amertume dans Le Monde, Libération et L'Humanité les jours suivants. Mais une défaite n'abandonne pas toujours le perdant à sa solitude et Jean Baubérot a gagné de nouveaux amis prêts à se raccrocher à n'importe quelle branche, eut-elle poussé sur un tronc infidèle. Une manifestation islamiste du début 2004 avait ainsi qualifié Jean Baubérot d' "homme juste". Mais ce qui aurait pu paraître comme une alliance éphémère conclue sous le coup de l'émotion s'est avéré être un copinage plus solide : l'UOIF a accueilli le vaillant héros lors de son congrès 2005, reconnaissant ainsi le bénéfice que les fondamentalistes obtiennent de son action.

Jean Baubérot (qu'Allah le protège) a connu ce 26 mars 2005 au Bourget un fort succès auprès d'un auditoire de plusieurs milliers de personnes constellé de hidjabs admiratifs et de barbes pieusement taillées ou pas (chacun trouvera le verset coranique qui lui convient pour cela). Présenté comme "le plus grand spécialiste de la laïcité en France" (exit Henri Pena Ruiz, Catherine Kintzler, etc.), Baubérot s'est déclaré "très heureux" de revenir au Bourget, étant déjà présent en 2004. C'est assurément avec bonheur que ses potes islamistes ont accueilli sa dénonciation de l'histoire officielle qui, en France, fausserait la perception de l'islam : Charles Martel, les Croisades, les Turcs aux portes de Vienne, les Sarrazins, autant de chapitres qui façonneraient l'imaginaire dès l'école... sans oublier une digression par un passé colonial dont on a bien compris que les opposants au voile à l'école seraient les héritiers.

Contre le jacobinisme laïque et la "gestion néocoloniale de l'islam par la République", Baubérot propose le développement d'un réseau d'aumôneries musulmanes, une aide à l'organisation des pèlerinages et la consécration du CFCM et des CRCM comme des interlocuteurs obligatoires pour les collectivités publiques au même titre que la Conférence des Évêques, la Fédération Protestante et le Consistoire Juif. Bref, un pas de plus dans la consultation des cléricaux lors des grandes décisions. Inutile de dire que le public se délecte sans modération de ces propos complaisants. Emporté par un enthousiasme non feint, Baubérot déclare avec l'élan d'un prédicateur que "c'est en tant que frère" et "ami" qu'il s'adresse à ses ouailles dans "cette belle rencontre du Bourget dont je me réjouis qu'elle revienne chaque année". Poursuivant son cheminement stratégique, il exhorte les musulmans à plus de rencontres interreligieuses, c'est-à-dire, en langage clair, à la constitution d'un front uni des religions contre la laïcité.

Fortement acclamé tout au long de son intervention, Jean Baubérot conclut en formulant "l'utopie d'une laïcité apaisée" et promet de combattre "pour l'égalité entre religions". Il n'est pas sûr que la laïcité halal souhaitée ce jour-là en soit le meilleur chemin; le principe de l'égalité de traitement se rencontre plus aisément dans les textes définissant la laïcité, qui eux n'oublient pas les incroyants, que dans les légendes religieuses...


31 mars 2005


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